L’année 2014 fut une des périodes les plus tragiques et les plus importantes dans toute l’histoire ukrainienne. Le pays a dû faire face aux protestations, à la révolution, à l’annexion de la Crimée par la Russie et à la guerre contre les boeiviks pro-russes, qui se poursuit dans l’Est du pays. Même si les gouvernements européens apportent un soutien politique et financier à l’Ukraine, il n’existe pas d’ opinion unanimement partagée au sein de l’Union Européenne. Certains trouvent qu’il vaudrait mieux revenir à la « normale » avec la Russie et laisser l’Ukraine dans la sphère d’influence russe.
Cette situation est due à une composante clé, non déclarée, du conflit russo-ukrainien – la guerre de l’information Le rôle de la propagande russe était le sujet principal de la table ronde organisée le 17 décembre 2014 à Paris par l’Ukraine Crisis Média Center (UCMC) et le Fonds international « Renaissance ». Cette table ronde a réuni des experts ukrainiens ainsi que des représentants des médias français, de la diaspora ukrainienne et de la société française.
« La politique d’information du Kremlin est devenue l’arme principale dans cette guerre hybride », a souligné Nataliya Popovych, cofondatrice de l’UCMC lors de cette table ronde.
Même si le Président de la France, François Hollande, a exprimé plusieurs fois son soutien à l’Ukraine, en reportant la vente de navires de guerre « Mistral » à la Russie, d’autres politiciens français comme Jean-Luc Mélenchon ont proposé de rester en dehors de ce conflit. Quant à Marine Le Pen, chef du parti d’extrême droite Front National, elle s’est exprimée en faveur de l’invasion russe en disant que la Russie défendait ses intérêts légitimes. Les hommes d’affaires aimeraient aussi rester en bons termes avec leurs partenaires russes. Par exemple, Christophe de Margerie, président-directeur général du groupe Total, décédé dans un accident d’avion à l’aéroport international de Vnoukovo à Moscou au mois d’octobre 2014, était un fervent critique des sanctions européennes et américaines et préconisait des liens d’affaires plus étroits entre la France et la Russie.
La propagande du Kremlin a contribué à lui gagner un large soutien parmi les élites politiques, économiques et financières françaises. Le mythe populaire sur le nouveau gouvernement de l’Ukraine, remplit de néo-nazis, effraie les représentants des partis d’extrême gauche et les a jetés dans les bras de la Russie. Cette Russie, qui a vaincu l’Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre Mondiale. Les chaînes télévisées russes ignorent le fait que les partis d’extrême droite ukrainiens n’ont pas pu franchir le seuil de 5% des votes pour pouvoir accéder à la Rada Ukrainienne, lors des élections législatives en octobre 2014. De l’autre côté, la rhétorique irrédentiste et xénophobe de Vladimir Poutine, à propos de la nécessité de défendre la population russophone de l’Ukraine de l’Est, plait à Marine le Pen qui partage ce point de vue. Il est fort probable que la situation devienne encore plus compliquée car le Kremlin prévoit de lancer les filiales britanniques, allemandes et françaises de sa société médiatique internationale RT, ainsi que d’augmenter le financement, par l’État, des médias loyaux à 41% soit 15,38 milliards de roubles ($ 251,2 millions).
Cette attaque médiatique russe est très bien tombée. Les sentiments anti-américains sont traditionnellement forts en France. A titre d’exemple, il a fallu 43 ans pour que la France redevienne membre à part entière de l’Otan, d’où le Président de Gaulle l’a fait sortir en 1966 sous prétexte de la résistance à la domination américaine. La décision récente du Parlement ukrainien de prendre un statut de non-aligné et de se rapprocher de l’Otan encourageait les extrêmes-gauches et les extrêmes-droits à croire à la version russe, selon laquelle la révolution ukrainienne a été organisée par les USA. Nataliya Gumenyuk, cofondatrice de Hromadske TV a déclaré :
« C’est la Russie qui a créé ce conflit pour préserver le modèle d’un état corrompu en Europe et la propagande est l’arme principale dans cette guerre ».
Mais la raison principale de cette campagne puissante ayant pour but de discréditer l’Ukraine aux yeux de l’Occident est la crainte de Vladimir Poutine que l’Ukraine pourrait se reconstruire en un pays démocratique et développé, tout en devenant un exemple à suivre pour la Russie.
« Je crois que les protestations de l’hiver 2013-2014 n’étaient que la première étape du processus révolutionnaire. À l’étape prochaine, il faudra changer complètement le système politique », a déclaré Volodymir Vyatrovych, historien et directeur de l’Institut de Mémoire Nationale.
L’Ukraine a besoin d’une somme de 15 mlrd $ en plus de 17 mlrd$ qu’elle a déjà reçu. Tous les experts se sont mis d’accord sur le fait que le gouvernement ukrainien devrait faire des réformes. Les premiers pas vers les changements sont plutôt encourageants. La nomination des trois ministres d’origine étrangère : Natalia Jaresko, Américaine, hérite du portefeuille des Finances; Aivaras Abromavicius, Lituanien, devient ministre de l’Économie et Sandro Kvitachvili, Géorgien, est désormais ministre de la Santé, pourrait enfin changer du système inefficace et bureaucratique. Madame Popovych a souligné que ces ministres apporteraient leurs expériences de mise en œuvre des innovations dans leurs pays. Pour le moment, on ne peut pas dire si l’Ukraine réussira. Mais si elle réussit, tout le continent européen sera plus fort, plus florissant et plus prêt à résister à l’agression étrangère.
par Ukraine Crisis Média Center, photos de Cyrille Clément







