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Deux soldats des forces spéciales russes d’une unité du GRU de Togliatti capturés près de Chtchastia

[Attention : certaines photos peuvent choquer]

Après de violents combats avec un groupe de reconnaissance russe dans les environs de la ville de Chtchastia, le samedi 16 avril 2015, deux soldats russes ont été capturés, un capitaine et un sergent, appartenant à l’unité des forces spéciales du GRU de Togliatti, Oblast de Samara, Russie. Tous les deux ont été blessés, mais la gravité de leurs blessures est inconnue à l’heure actuelle. Les pertes totales des attaquants russes doivent également être encore précisées. Trois soldats ukrainiens ont été tués et trois autres blessés dans la bataille. Les unités militaires ukrainiennes qui ont participé à la bataille étaient des troupes de la 92ème Brigade, du 8e Régiment et du Bataillon Aidar.

Le coordonnateur de l’équipe InformNapalm Roman Burko a rapporté l’événement sur sa page Facebook : « Des informateurs itiés disent qu’aujourd’hui, lors d’un combat avec un groupe de reconnaissance à Chtchastia, deux Spetsnaz russes ont été capturés par les forces ukrainiennes… » (posté le samedi 16 mai 2015 [1]) et, plus tard : « Les gars sur la ligne de front ont rapporté que le combat avec le groupe ennemi à Chtchastia s’est terminé vers 5h00. Le rapport sur la capture des militaires russes a été confirmé… » (posté le dimanche 17 mai 2015 [2]).

Aujourd’hui, le 17 mai, le quartier général de l’opération anti-terroriste a confirmé, par la voix de son porte-parole le colonel Andriy Lysenko, le rapport sur la capture des militaires russes lors d’une conférence de presse, répondant à une question sur l’exactitude des informations sur la capture des deux soldats de la Direction principale du renseignement principal russe (GRU) par le bataillon Aidar.

Nous vous rappelons que de nombreux rapports ont été publiés dans les médias en 2014 sur le fait qu’une brigade du GRU avait été envoyée de Togliatti en Crimée pour protéger un site d’une importance stratégique. Et en mars 2015, un rapport [3] annonçait que cette unité avait été transférée dans l’oblast de Louhansk.

Vers 14h50, un médecin nommé Grigori Maximets a confirmé l’information à propos de deux militaires russes blessés sur sa page Facebook et a posté des photos de leur traitement dans le centre médical : « Hier, le 16 mai, des unités spéciales russes ont attaqué la ville ukrainienne de Chtchastia depuis Louhansk occupé. Sur la base des paroles des deux soldats russes blessés qui ont été transportés à l’unité médicale (du bataillon Aidar et l’hôpital n°59), ils ont été trompés par leurs commandants qui leur ont dit que le bataillon Aidar avait quitté Chtchastia et ils ont été envoyés pour en avoir confirmation…)

maximets [4]

posté par Grigori Maximets [5] à environ 14h50 le 17 mai 2015.

Le soir du 17 mai, la LNR posté des photos de cartes d’identité des deux prisonniers sur les réseaux sociaux, prétendant prouver que les soldats russes étaient des troupes LNR, et pas russes.

Il s’agit de la photo du document prétendument établi par la LNR à Alexandre Alexandrov Anatolievich, sergent sous contrat des forces armées russes de la ville de Yuzhno-Sakhalinsk, né le 7jJanvier 1987, dit « Alex ».

aleksandrov [6]

et du commandant du groupe de renseignement, le capitaine Evgueni Vladimirovitch Erofeev de Kuybyshev, en Russie, né le 18 janvier 1985 et dit « Dolphin ».

Erofeev [7]

Une vidéo a également été publiée sur les interrogatoires menés par les services de renseignement ukrainiens. Les sous-titres sont dans diverses langues mais nous vous en proposons une transcription en français.

Interrogatoire de Erofeev :

Erofeev E.V.: Je m’appelle  Erofeev Evgenii Vladimirovitch, citoyen de la Fédération de Russie. J’habite à Togliatti. Je suis militaire de la Fédération de Russie. Mon grade militaire est capitaine, ma fonction – chef de groupe. Je sers dans la troisième brigade autonome de la Garde. La brigade est basée à Togliatti.
Interrogateur: Identité du chef de la brigade?
Erofeev E.V.: Lieutenant-colonel Schepel, Sergei Anatolievitch. Arrivé dans le territoire de Louansk début avril, je ne me rappelle pas la date précise. Au sein de la deuxième compagnie de la troisième brigade spéciale de la Garde. Le remplaçant provisoire du chef de compagnie est le commandant Napolskikh. Il est citoyen de la Fédération de Russie, militaire de carrière. Notre mission était de surveiller la première ligne ennemie et les unités situées à proximité immédiate, c’est-à-dire les unités de milices populaires et de cosaques. La compagnie est basée à Lugansk. Je ne me rappelle pas l’adresse précise – une zone pavillonnaire, dans le quartier de Vavilovo. La compagnie se compose de trois sections de quatre groupes chacune. Mon groupe compte 12 hommes: moi – chef de groupe, l’adjoint au chef de groupe, deux chefs de section, deux tireurs d’élite, deux mitrailleurs, deux sapeurs, deux éclaireurs et deux éclaireurs en chef. Tous sont de nationalité russe. Le chef de groupe en second est l’adjudant Azimov; chefs de sections – caporal Kutulahmetov, sergent-chef Yulaev; éclaireurs-sapeurs – Spiridonov Kirill, Gladkov Aleksandr, éclaireurs-sanitaires – Grigoriev Vladimir et Aleksandr Aleksandrov. Notre mission consistait à surveiller. Il y avait aussi l’ordre de ne pas traverser la ligne de contact, de ne pas ouvrir le feu sans besoin. J’ai décidé de changer la position à cause des bombardements permanents des positions et avancer en groupe de 3 personnes pour trouver une autre position. En cherchant les nouvelles positions je me suis heurté contre les vieilles tranchées. Je surveillais les tranchées. Il semblait que les tranchées étaient abandonnées, nous avons décidé de les contrôler. J’ai ordonné à deux personnels d’examiner les tranchées. Moi, je devais les couvrir. J’ai entendu des tirs, quand les hommes sont entrée dans la tranchée. On a commencé à reculer en criant “replis”. On a commencé à tirer sur nous, j’ai eu un bras blessé, par balle. Un os est en vrac, je suis tombé, je me suis évanouit pendant un certain temps. J’ai repris connaissance, rampé, mais pas loin. Des militaires sont arrivés par les tranchées. Ils ne m’ont pas tué. Ils m’ont arrêté. On m’a apporté les premiers soins, maintenant je suis ici. A vrai dire, je pensais qu’on me tuerait tout de suite. Je voulais me faire exploser par une grenade mais mon bras droit ne m’obéissait pas. Je n’ai pas pu le faire par le bras gauche non plus. Pendant que j’essayais, les militaires sont arrivés par les tranchées, ils m’ont arrêté, posé sur une civière, puis emporté à l’hôpital de la ville de Schastia. On m’a apporté les premiers secours.
Interrogateur: Quelle est votre opinion sur les Forces Armées de l’Ukraine?
Erofeev E.V.: On dit beaucoup de notre côté. Ce que j’ai vu personnellement maintenant, par rapport aux Forces Armées de l’Ukraine, comment dirais je, je n’ai rien à leur reprocher.
Interrogateur: Est-ce que les choses qu’on vous raconte à la télévision russe correspondent à la réalité? Erofeev E.V.: On dit beaucoup de choses à la télévision. On n’écoute pas tout, on ne regarde pas tout. Je pense que personne n’a besoin de cette guerre. Pendant que «les supérieurs» raflent les meilleurs morceaux, «les plus bas» font des bulles sanglantes.

Interrogatoire d’Alexandrov :

Je m’appelle Aleksandrov, Aleksandr Anatolievitch, né le 7 janvier 1987, citoyen de la Fédération de Russie, j’habite la région de Kirov, arrondissement Malmyjski. Je suis militaire en service dans l’armée de la Fédération de Russie. Mon grade militaire est sergent. Ma fonction: infirmier-éclaireur. Je suis affecté à l’unité militaire #21208, troisième brigade spéciale autonome de la Garde, basée dans la banlieue de Togliatti. Le commandant de la brigade est le colonel Schepel, Sergei Anatolievitch. Nous sommes entrés en territoire ukrainien le 26 mars 2015, au sein du deuxième bataillon comptant 220 hommes. Le commandant du bataillon se nomme Napolskikh, Konstantin Nikolaevich, commandant, citoyen de la Fédération de Russie. Le deuxième bataillon, qui est entré en territoire ukrainien était composé de trois groupes de reconnaissance, une cellule de chiffrage, des conducteurs, des sections d’armes spéciales. La composition du groupe: chef de groupe – capitaine Erofeev, Evgenii Vladimirovich, citoyen de la Fédération de Russie, nom de guerre «Kit» (le squale); chef de groupe adjoint – enseigne Azimov Murat Erboulatovich, dit «Kazah» (le Kazakh); chef de la première section – sergent Yulaev Denis (je ne me rappelle pas de son patronyme), indicatif «Iulai»; l’éclaireur en chef, mitrailleur – caporal Kononovalov Viacheslav (je ne me rappelle pas de son patronyme), pas d’indicatif; l’éclaireur, tireur d’élite– Kulmuhametov Kiril Dimovich, indicatif «Pulia» (la balle); l’éclaireur-sapeur – caporal Spiridonov Kiril Alekseevich, dit «Melkii»; l’éclaireur-infirmier Grigoriev Vladimir (je ne sais pas son patronyme), dit «Grichin»; chef de la deuxième section – caporal Kutulahmetov Ruslan Zaurovich, dit «Bachkir»; éclaireur-mitrailleur caporal Krasnov Vladimir Petrovitch, dit «Baron»; éclaireur-tireur d’élite Nemov Aleksei Vasilievich, dit «Mordvin»; l’éclaireur-sapeur Gladkov Aleksandr Leonidovich, dit «Babuchka»; l’éclaireur-infirmier Aleksandrov Aleksandr Anatolievitch, indicatif «Alex»; les radiotélégraphistes Byrnik Sergei (je ne sais pas son patronyme), pas de nom de guerre, Makorin Vladimir (je ne sais pas son patronyme), dit «Mahoouni». Nous avions pour mission de surveiller les Forces Armées ukrainiennes.
Inerrogateur: Quels secteurs occupés par des troupes en territoire ukrainien? Aleksandrov A.A.: Louhansk, quartier Oktiabrski. Le jour de notre arrestation le chef de groupe nous a chargés de faire une reconnaissance complémentaire de terrain près du pont, devant Schastie (Shtchastia). Nous y sommes allés, avons pris position, et après avoir repéré les défenses de la ville, nous avons observé, tous les deux, durant une heure à peu près. Sans avoir vu de signes de mouvement ou de vie de militaires Ukrainiens, nous avons décidé de nous approcher plus près. Nous avons passé encore quelque temps là-bas en observant. Sans avoir vu aucun militaire ukrainien, nous avons décidé de nous approcher le plus près possible. On en a conclu que cette place forte était abandonnée ou que les gens étaient partis ailleurs. Après m’être approché de la tranchée, je suis parti inspecter un abri. Le capitaine Erofeev et le caporal Krasnov me couvraient. Après avoir entendu une fusillade, je me suis tourné et j’ai vu un militaire ukrainien blessé au sol. L’ordre de nous replier fut donné après ça. On s’est mis à courir. Je suis tombé quinze ou vingt mètres plus loin, suite à un coup direct à ma jambe et une fracture du fémur. Autant que j’ai pu, je me suis éloigné en rampant sur 50 mètres dans la tranchée pour appliquer les premiers secours. Pendant que je me soignais, les militaires ukrainiens sont venus m’arrêter.

 

Par l’équipe d’InformNapalm

 


Article original : https://informnapalm.org/9082-v-plen-pod-schastem-popaly-bojtsy-tolyattynskogo-spetsnaza-gru
Traduit et adapté par Marc de la Fouchardière


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