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La guerre dans l’Est de l’Ukraine entre dans son stade critique.

par Ivan Iakovina pour Novoye Vremya [1]

Le report des pourparlers de paix à Astana a tiré un trait sur la période du calme relatif qui commençait à revenir trop cher à Moscou.

Comme je l’ai récemment écrit dans mon article, le Kremlin n’apprécie pas du tout cette situation de status-quo, où il est obligé de subvenir aux besoins des territoires contrôlés dans le Donbass et perd de l’argent à cause du blocus de la Crimée, en même temps, en risquant l’effondrement de l’économie russe et d’éventuels bouleversements politiques.

À l’issue des pourparlers, Moscou comptait obtenir de Kiev l’accord de paix aux conditions qui lui seraient favorables, de faire incomber à l’Ukraine le Donbass dévasté, à condition que ces territoires obtiennent un statut spécifique, légitimer le gouvernement d’Aleksandr Zakhartchenko et refaire circuler le flux des gens et des marchandises vers la Crimée, par le territoire ukrainien.

Il est important d’obtenir toutes ses faveurs le plus rapidement possible, parce que les sanctions mises en place par l’Occident et la chute des prix du pétrole entraînent l’économie russe vers le collapse bien plus rapidement que prévu. Le rétablissement de la paix et, par conséquent, l’abrogation des sanctions ont déjà été nécessaires à Kremlin hier, et pas dans un futur lointain. Mars est le mois butoir pour l’UE en ce qui concerne de décider au sujet des sanctions mises en place suive à l’annexion russe de la Crimée. Avant, les représentants de l’UE déclaraient que les sanctions seraient suspendues si la situation dans le Donbass s’améliorait.

À premier vue, Moscou devrait décider de fermer les vannes et arrêter tout soutien des boéviks, rétablir un vraie contrôle de la frontière et prendre des mesures qui vont contribuer à instaurer la paix.

Mais Poutine n’est pas capable de faire « marche arrière », pour des raisons psychologiques et internes : ce serait totalement à l’encontre de sa nature et sera compris comme un signe de faiblesse par son entourage. Les gens avisées disent que le Président russe ne décide jamais étant « sous pression » et il se peut qu’il fasse tout l’inverse de ce que dicte la logique.

Dans notre cas, sa seule décision serait une progressive escalade d’actions militaires afin d’obliger l’Ukraine à conclure la paix aux conditions favorables à la Russie. Réellement cela signifie la rupture de la trêve (les boéviks l’ont déjà annoncé) et l’offensive massive dans plusieurs directions en mémé temps. Le but de cette offensive serait de détruire totalement l’armée ukrainienne ou, au moins, la fortement dégrader, saper toute volonté de résister, provoquer chez la population le sentiment de pessimisme et de la panique.

Durant ces derniers mois, l’armée ukrainienne a renforcé ses positions, donc pour mener une offensive efficace, les boéviks auraient besoin de forces humaines et matérielles en plus. Les séparatistes écrivent eux-mêmes sur leurs forums et sites d’avoir reçu, pendant « la trêve », une immense quantité de »volontaires » , d’armes, de munitions, du matériel militaire, incluant les lance-missiles multiples thermobarriques TOS-1A « Buratino » , complexes de lance roquettes multiples BM-27 Ouragan et BM-30 Smerch, qui sont plus performants que les GRAD traditionnels. Les boéviks ont annoncé posséder leur propre aviation de combat, sous forme des Soukhoï Su-25, avions d’attaque au sol. Tout ceci risque de servir les jours qui viennent.

Les événements à l’aéroport de Donetsk et aux alentours signifient que l’ordre d’attaquer l’armée ukrainienne avait déjà été donné et est en cours d’exécution. L’aéroport qui n’a pas une grande valeur stratégique, est devenu le principal cible des attaques vu sa valeur en tant que symbole.Sa perte mènerait au pic du pessimisme, recherche des ennemis internes et discussions du style « tout est fichu » non seulement au sein de l’armée ukrainienne, mais aussi parmi les citoyens ordinaires. Ce que veulent les boéviks par dessus tout actuellement, c’est produire un effet psychologique, plus que nuire par des attaques militaires.

Sur la liste d’objectifs du Kremlin figure aussi l’idée de l’encerclement (ou de la prise de contrôle) de Marioupol, ou au moins le semblant de faire planer cette menace. Frayer la voie terrestre depuis la Russie vers la Crimée, afin de prouver sa force, si Kiev refusait cette condition, dans le cadre d’accord de paix. Les troupes ukrainiennes basés à Debaltsevo, bloquées de trois côtés, risquent d’être encerclés.

Tout comme ce fût pour Illovaïsk l’été dernier, les dirigeants russes permettent aux boéviks de subir la défaite militaire . Si cela arrive, les troupes de l’armée régulière russe concentrées le long de la frontière, pourraient prendre le relais Ces troupes pourraient également prendre part aux combats au côtés les boéviks, si la situation stagne : le temps qui passe ne joue pas en faveur de Moscou, voilà pourquoi le Kremlin veut obliger les ukrainien de signer l’accord de paix aussi vite que possible, même avant le mois de mars.

Les options décrites ci-dessus seront le dernier recours, parce que tout doit avoir l’air naturel, comme si les organisations de RPD et RPL ont mené l’offensive avec succès. Ils ont été dotés de complexes modernes de lance-missiles et, à en juger, le soutien de l’aviation leur a été promis.

Je ne veux pas donner des conseils au commandement de l’armée ukrainienne, je ne suis pas spécialisé dans le domaine militaire. Il est sûr que tout dépend de la résistance de l’armée et du soutien apporté par la société civile aux militaires ukrainiens, faute de quoi, le Kremlin serait en mesure de faire aboutir ses projets.

Pour ce qui est du corps diplomatique, il ne doit plus demander, mais exiger aux USA de fournir aux Forces Armées ukrainiennes les armes de défense, les complexes antichar, les drones et les radars d’artillerie promis par le Congrès. Avoir ces équipements, faciliterait considérablement la tâche des militaires ukrainiens pour parer à l’offensive des boéviks qui a déjà commencé.En même temps, il faut durcir les sanctions à l’encontre des dirigeants russes, si l’offensive n’est pas stoppée immédiatement.

Les hauts dirigeants politiques ukrainiens devraient envisager l’instauration de la loi martiale. Les mois qui suivront pourraient être riches en actions militaires qu’on ne pourra plus qualifier d’Opération Anti terroriste (ATO). Si l’ennemi utilise des armes lourdes (lance-mines, les avions d’attaque au sol etc.) ce n’est plus l’ATO, mais la guerre . Le 29 décembre, le Président Petro Porochenko a donné une conférence de presse où il a promis d’instaurer la lois martiale, si le processus de paix est compromis et les boéviks lancent une offensive. Les deux conditions sont remplies.

À partir de maintenant l’Ukraine vivra quelques mois très éprouvants.D’après les experts, si les tendances actuelles persistent, l’économie russe va s’effondrer à la fin du printemps.Ceci empêchera le Kremlin de continuer d’exercer la pression sur l’Ukraine : il y aura d’autres chats à fouetter. À présent, faute de moyens de pression sur Moscou et à cause de la situation compliquée de l’économie, l’atout principal de l’Ukraine dans la lutte pour sa liberté reste la résistance de son armée et de ses citoyens.

Traduction de Viktoria Mait.