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Les médailles russes pour la guerre en Syrie

Les JO de Rio sont terminés, mais la pluie de médailles continue bel et bien. Non pas pour des exploits sportifs, mais pour des « prouesses » russes dans la guerre en Syrie. Nous commençons la publication d’une série d’articles consacrés aux médailles russes pour illustrer que la guerre non-déclarée au Proche-Orient suit son cours pour la Russie. Nombreux sont ceux qui n’y n’attachent pas une grande importance, mais outre les pertes humaines dissimulées, d’ici 5 à 10 ans, la Russie aura toute une génération d’anciens combattants issue des guerres non-déclarées.

Officiellement, la Russie participe au conflit syrien depuis moins d’un an. N’importe quelle guerre est pour les militaires une opportunité bien plus propice qu’en temps de paix, de monter en grade, de recevoir des médailles. Et les soldats russes qui participent au conflit syrien sont « gâtés » sur ce point.

Les premières médailles russes ont été décernées dès 2013-2014, lorsque les militaires russes ont participé au transport et à la destruction des armes chimiques de Bachar-el-Assad. Le croiseur porte-missiles de la flotte du Nord, « Pierre le Grand » a ainsi effectué quelques voyages pour transporter et convoyer les chargements.

La première médaille

La première distinction « syrienne » a été établie un mois après le début officiel de l’opération, le 30 novembre 2015. La médaille « Pour la participation à l’opération militaire en Syrie » avec la carte de la Syrie, le navire et les avions, devait signifier que la Russie ne participe pas à l’opération terrestre.

Le 28 mars 2015, le ministère de la Défense russe lance un marché public pour fabriquer quelques 10 300 médailles (image d’archive). Les autorités militaires ne voulaient probablement pas garder ce chiffre secret, vu que la fabrication des autres médailles ne fait pas l’objet de marchés publics.

Les premiers reportages consacrés aux médailles ont été diffusés après que le 14 mars 2016, Poutine ait signé l’ordre de débuter le retrait des troupes de Syrie. L’objectif militaire ayant été atteint, il fallait montrer aux électeurs le retour heureux des héros :

Pourtant, ce ne sont pas les premiers bénéficiaires de ces distinctions. Encore au mois de février, le groupe de soutien féminin du show « Rousskié bogatyry » qui s’est produit devant les militaires de la base aérienne de Hmeimim avait reçu cette médaille (reportage, lien vers l’archive) .

La chanteuse Zara n’ a pas été oubliée non plus (voir l’article dédié, lien vers l’archive).

Les 2 médailles ont été décernées le 6 février par l’ordre №69.

La médaille à l’origine une récompense militaire se transforme en récompense pour tous ceux qui, au moins une fois, sont passés par la Syrie de manière officielle. Les lauréats le plus connus sont le chanteur Iossif Kobzon et la première femme-cosmonaute Valentina Terechkova qui, en février 2016, ont visité la base aérienne de Hmeimim.

« Pour la prise de Palmyre »

La prise de la ville de Palmyre est l’une des réussites militaires et idéologiques les plus marquantes. Pour honorer cet événement, le ministère de la Défense russe a décidé d’instituer une distinction spéciale. Compte tenu de l’expérience de la Seconde guerre mondiale (quand les médailles portaient les noms comme « Pour la prise de Berlin » ou .. »de Budapest » ou « …de Vienne ») il aurait été logique de s’attendre à ce que son nom soit « Pour la prise de Palmyre ». Mais, comme officiellement, ce sont les troupes syriennes qui ont pris la ville, il fallait être plus ingénieux et les russes ont donné à la médaille le nom de  « Pour la libération de Palmyre ». Les auteurs de la maquette s’étaient inspirés des médailles de la Grande guerre. Tout comme sur les médailles « Pour la prise de… » Varsovie, de Prague ou de Belgrade, l’emplacement du texte et le revers sont très semblables.

Comparez donc les médailles pour la libération de Palmyre, de Belgrade et de Varsovie :

Suivent les copies des décrets instituant la médaille et sa description.

Officiellement, la médaille existe depuis le 14 mai 2016, Le 16 mai, le site du ministère de la Défense en parle : les musiciens de l’orchestre du théâtre Mariinskiy en ont été décorés pour le concert donné à Palmyre. L’un des lauréats les plus odieux est le tristement connu Serguey Roldouguine, le violoncelliste et homme d’affaires préféré de Poutine (archive).

La médaille syrienne « Pour la prise de Palmyre »

Même là tout n’est pas clair ! À ce qu’il paraît, il existe 2 variétés de la médaille « Pour la libération de Palmyre ». L’une est destinée aux citoyens russes (voir photo). Cette version est décrite par les décrets du ministère de la Défense. Une seconde variante de cette médaille est destinée aux citoyens étrangers (avec le drapeau syrien).

Les photos de ces médailles ont été publiées le 23 avril 2016. Le commandement russe a décidé d’en décorer les membres de l’unité spéciale de l’armée syrienne Tiger Forces (publication sur Al-Masdar News). Les certificats sans date, sont signés par M. Nossoulev, chef du groupe du Nord. Il y a une description de la médaille et les noms des décorés, en russe et arabe. Sur internet on trouve les informations concernant 3 porteurs de cette médaille. Il se peut que l’ordre de décerner les médailles a été signé par le général Nossoulev, l’ancien adjoint-chef de la 29e Armée de la région militaire de l’Est, qui a participé aux opérations militaires en Afghanistan, Tchétchénie et Géorgie.  

Donc, les premières décorations ont eu lieu le 23 avril, avant l’institution de la médaille, le 14 mai.

« Pour le (dé)minage de Palmyre »

Mais le ministère de la Défense russe continue de surprendre ! Après la prise de Palmyre, c’est au tour des sapeurs russes qui ont déminé les ruines de cette ancienne ville et  ses alentours. C’est précisément pour cela, que le 16 mai, 2016, une nouvelle médaille est instaurée : « Pour le déminage de Palmyre ».

Ci-dessous les copies des décrets instituant la médaille et sa description.

Deux décorés sont connus :

Il est à noter que la quantité de diverses médailles a substantiellement augmenté depuis que Serguey Choïgou occupe le poste de ministre de la défense : 30 nouvelles médailles ont été instaurées ! Aujourd’hui en Russie, on attribue une médaille pour avoir participé à une course de chars, à des manœuvres d’État-Major, pour avoir effectué des « exploits en matière de sécurité de circulation ». Le plus difficile est de servir dans l’armée russe et de ne pas être décoré !

La camaraderie des combattants

On ne peut pas omettre de parler d’encore une récompense qui a été décernée au cours de différentes phases de l’opération syrienne. Il s’agit de la médaille « Pour le renforcement des liens de camaraderie ».

Cette médaille, à part son rôle de distinguer les militaires a aussi une mission diplomatique.

Par Anton Pavlushko

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