InformNapalm.org (Français)

Brest, base de la dissuasion nucléaire française et vitrine de la communication du Kremlin

par Bernard Grua en exclusivité pour InformNapalm France

Très bientôt, du 13 au 19 juillet se tièndront les fêtes maritimes de Brest 2016 qui se déroulent tous les quatre ans depuis 1992. Impeccablement organisées, jouissant d’une renommée internationale. Ces magnifiques fêtes du patrimoine nautique attirent un vaste public dans une rade unique au monde, dont certains disent qu’elle n’est surpassée que par la baie d’Along. Cette rade est encore plus unique du fait qu’elle abrite la base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français composante essentielle de notre dissuasion. L’événement est une puissante incitation à entretenir, rénover, voire reconstruire toute une flottille de bateaux historiques et attachants qui ont fait vivre nos côtes et nos rivages. Pour les passionnés, ce sont des jours très attendus et incontournables. Pour le grand public, qui permet de faire vivre financièrement une telle manifestation, il est important de montrer de grands voiliers spectaculaires.

France, Hérault (34), Sète. Festival Escale à Sète

Le « Sedov », ex « Magdalene Vinnen », et le « Kruzenshtern », ex « Padua » dévolus par l’Allemagne au titre des dommages de la seconde guerre mondiale sont bien évidemment des musts. Les Russes étaient d’accord pour venir avec ces deux navires, qui sont les plus grands voiliers du monde, mais à leurs conditions. Comme l’écrivait le quotidien « Ouest-France » le 21/01/2016: « Brest 2016. Les Russes veulent être câlinés avant les fêtes maritimes ». La Russie sera donc invitée d’honneur. Les Américains un moment pressentis avec la goélette Eagle de leur gardes côtes avait déjà, « officiellement », décliné l’invitation, selon le quotidien « Le Télégramme » du 29/09/2015, « Brest 2016. Les Américains ne seront pas invités d’honneur ».

Pour rassurer le Kremlin et éviter une saisie compte-tenu des contentieux que leur pays peut avoir, notamment, le litige selon lequel les anciens actionnaires spoliés de la société Ioukos réclament 50 milliards de dollars à l’Etat russe, le gouvernement français est venu en renfort. Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et Aude Azoulay, ministre de la Culture ont fait ce qu’il fallait pour empêcher leur saisie par un créancier.
Par arrêté du ministre des affaires étrangères et du développement international et de la ministre de la culture et de la communication en date du 27 juin 2016 :

« Les deux voiliers

– le Sedov (construit en Allemagne en 1921, n° IMO : 7946356, appartenant à l’université technique d’Etat de Mourmansk, Russie) ;

– le Kruzenshtern (construit en Allemagne en 1926, n° IMO : 6822979, appartenant à l’université technique d’Etat de Kaliningrad, Russie),

participant à la 7e édition des Fêtes maritimes internationales de Brest 2016, organisées par la ville de Brest et l’association Brest Evénements nautiques au port de Brest du 13 juillet 2016 au 19 juillet 2016, sont insaisissables pendant la période de leur prêt à la France du 11 juillet 2016 au 22 juillet 2016, en application des dispositions de l’article 61 de la loi n° 94-679 du 8 août 1994. »

En effet, l’article 61 de la loi du 8 août 1994 dit que

« Les biens culturels prêtés par une puissance étrangère, une collectivité publique ou une institution culturelle étrangères, destinés à être exposés au public en France, sont insaisissables pour la période de leur prêt à l’Etat français ou à toute personne morale désignée par lui. »

On ne connaît pas les conditions financières de la venue de ces deux navires souvent affrétés commercialement par des « partenaires » privés ou publics qui émettent des invitations VIP pour récompenser leurs relations influentes. On pourrait objecter que ces biens, armés par un équipage russe, ne sont pas réellement prêtés. Mais, même dans un Etat de droit, on ne voit pas quel juge se risquerait, maintenant, à lancer une saisie. On peut se désoler que notre pays contribue à empêcher le juste dédommagement des actionnaires de Ioukos, spoliés dans la confiscation lancée par un régime guère attaché au droit des personnes. Mais fait-on de belles fêtes, comme celle de Brest, en s’appuyant seulement sur de principes moraux ?
De plus en plus de Français commencent à apprendre la machination dont est victime Yoann Barbereau, le Nantais qui risque 20 ans de camps dans un procès néo-stalinien en Sibérie. Ces Français n’ont pas manqué d’observer l’incapacité de notre ministre des Affaires étrangère à faire entendre raison à son alter ego russe. Les voilà néanmoins rassurés sur la qualité des relations de Jean-Marc Ayrault avec Sergueï Lavrov. Et de toute façon, il aurait été trop dommage que cette affaire empêchent la venue du Sedov et du Kruzenshtern. N’est-ce pas? L’humiliation d’une saisie, l’immobilisation des équipages à Brest et le mécontentement potentiel des familles russes ne sont donc plus à craindre.

Cette belle entente sera immortalisée par l’inauguration officielle, le 15 juillet au cours d’une journée dédiée à la Russie, d’un monument aux soldats russes, sur le square Charles de Gaulle, devant la Préfecture maritime où se trouve le Commandement en chef pour l’Atlantique de la Marine française. Le monument payé par l’Etat russe a été réalisé par le sculpteur Andrey Tyrtyshnikov qui dit s’être inspiré de la colonne Vendôme. Tout en haut, l’aigle bicéphale russe a remplacé la statue de Napoléon. L’installation du monument a été payée par la ville de Brest. Les plus de 800 000 Américains débarqués à Brest en 1917 avaient leur mémorial. Les 30 000 soldats russes arrivés à Brest entre juillet et octobre 1916 méritaient d’être honorés.

Lire davantage sur l’implantation de la stèle à Brest : raisons politiques, coût, histoire : [Brest] Ivres, ils inaugurent un monument impérialiste russe célébrant la boucherie de 14-18

On peut juste s’interroger sur les causes d’un hommage aussi tardif, à ces soldats disparus depuis si longtemps, de la part de leur gouvernement. On peut être réservé sur le timing de cette action qui sera, de facto, un hommage à la Russie de Vladimir Poutine. Alors que cette dernière occupe militairement la Crimée au mépris du droit international. Alors qu’elle continue à encadrer, appuyer, ravitailler et armer les combattants anti-Ukrainiens dans le Donbass. Alors qu’en Syrie elle bombarde les populations civiles, les réfugiés et les hôpitaux provoquant un exode dans des conditions inhumaines pour les populations concernées et de graves tensions dans les pays d’accueil, tels que la France. Mais on comprend que le moment ne pouvait pas être mieux choisi par ses initiateurs tant les médias seront nombreux, à Brest, et avides d’images inédites. Tout ceci passera au second plan dans la magistrale opération de communication d’une Russie de Poutine. Elle apparaîtra sous son meilleur jour, vis à vis d’une opinion française avide de merveilleux et qui verra encore moins la nécessité de maintenir les sanctions.

Ne serait-il pas judicieux que l’ambassade d’Ukraine en France envoie une délégation à l’inauguration de ce monument pour faire entendre une autre voix? Il y aura certainement des caméras et des micros tendus qui seront contents d’étoffer leur sujet.

Toute reproduction et utilisation des données requiert un lien actif vers le site InformNapalm

Nous appelons nos lecteurs à partager activement nos publications sur les réseaux sociaux. Une large diffusion  des enquêtes peut changer la donne. Vous pouvez également soutenir le travail de notre site Web et faire un don pour le développement du projet sur la page de crowdfunding. Tous les profits sont affectés exclusivement au soutien du concept InformNapalm.org.
Ensemble, nous vaincrons !

Quitter la version mobile